Faut-il mettre à jour les recommandations européennes sur la fibrillation atriale ?

Dr F. Fossati (Lille)

A. LazarusSouvenez-vous, c’était il y a à peine 1 an ! L’ESC décidait de publier en son nom propre de nouvelles recommandations sur la prise en charge de la fibrillation atriale en se démarquant de la collaboration antérieure avec les sociétés savantes nord-américaines (ACC, AHA et HRS) afin d’insister sur certaines spécificités européennes. Certains se sont plaints de leur manque d’audace, d’autres y ont vu une avancée non négligeable apportant des réponses à des questions jusqu’à présent délicates à gérer (par exemple, l’association AVK - antiagrégants plaquettaires dans la pathologie coronaire).

Alors qu’elles commencent à « rentrer » dans la pratique, on peut se poser la question de leur mise à jour tant ces derniers mois ont été marqués la publication de nouvelles études ou de nouvelles recommandations (américaines ou canadiennes).

En matière d’évaluation du risque thromboembolique, le score CHA2DS2Vasc remplace progressivement le précédent score CHADS2 (qui avait l’avantage d’être simple à retenir) et apporte des précisions supplémentaires en fonction du statut (score à 0, 1 ou > 1) respectivement à 1, 5 et 10 ans dans une récente publication de l’équipe de G. Lip (1).

Le choix d’un traitement anti-coagulant oral s’élargit et ne va plus se limiter aux AVK et dabigatran avec la publication des études ROCKET-AF et AVERROES, tout en attendant les conclusions de l’étude ARISTOTLE (dont la présentation est attendue cette année à l’ESC).

Faut-il un contrôle plus strict de la fréquence en cas d’insuffisance cardiaque à fonction systolique VG préservée ? La place de l’ablation de la jonction AV chez le sujet âgé polymédicamenté n’est-elle pas trop souvent envisagée comme une solution de dernier recours ? Ces questions ne sont pas totalement résolues...

Au-delà de ses effets indésirables, la dronédarone n’a peut-être pas encore livré tous ses secrets (effet pléiotropique sur la réduction de la taille de l’infarctus (2)).

Enfin, les dispositifs de fermeture de l’auricule gauche vont faire leur apparition dans les prochaines années et leur place respective devra être identifiée et intégrée dans ces nouvelles recommandations. Pour toutes ces raisons, il apparaît donc souhaitable d’adapter ces recommandations afin qu’elles puissent intégrer de nouvelles données issues d’études mais aussi pour ne pas s’enfermer dans une opposition « Europe contre le reste du monde » qui risque d’induire une multiplication de recommandations (ou de mises à jour) de part et d’autre de l’atlantique.


(1) Olsen et al. BMJ 2011 ; 342 : 1124-1136
(2) Skyschally et al. Cardiovasc Drugs Ther 2011 ; 25 : 197-201

 

Article initialement publié dans la newsletter Electra de Juin/Juillet 2011.

 

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